Le black metal avec une tonne d’émotions. Imaginez un croisement entre Burzum et My Bloody Valentine, le tout bercé par la grisaille nantaise. Pas besoin de chercher loin : le blackgaze, c’est notre madeleine sombre et furieuse. Impossible de ne pas citer Alcest (Metal Archives). Depuis “Souvenirs d’un autre monde” en 2007, le duo porté par Neige a eu l’audace de plonger le black dans des nappes shoegaze, ouvrant la voie à une armée de groupes frenchy (Déluge, Les Discrets, An Autumn For Crippled Children — nope, eux c’est néerlandais… mais ils geignent comme chez nous).
Certains crient à la dilution. Pendant ce temps, la scène blackgaze multiplie les festivals (Sylak, Ready for Prog?), prouve que la France peut exporter plus qu’un accent et pèse, même si certains trve metalleux coincent. Le blackgaze français n’a pas juste atterri, il squatte le salon.
Le djent, c’est ce riff sec, anguleux, identique au bruit d’une armoire IKEA montée à mains nues. Mais c’est surtout l’ADN de la jeune garde. On ne compte plus les groupes influencés par Meshuggah (patrons since 1995), mais avec une touche two fingers in the air, sample 8 cordes et breakdowns mathématiques.
Le djent, c’est la revanche des geeks, la rencontre entre la musique de cérébraux et l’énergie brute. Pas de vestes à patchs ici, mais des plugins Neural DSP et des partoches sur Guitar Pro.
Certains se sont tus dès que “post” est apparu dans l’intitulé. Les autres… ont foncé. Le post-black made in France attire la hype, entre atmosphères pesantes, introspections à la lisière du post-hardcore et héritage cathartique du black.
On pensait que la France avait atteint son pic d’inventivité black avec les 90’s… Raté. Ce courant a remis la flamme dans la forêt noire.
Le death mélodique, c’est cette éternelle guerre : riffs précis, growl pas trop salissant, refrains mémorables… mais pour certains, lisse comme une pub pour la bière. Sauf qu’en France, la mutation opère.
Le death mélo à la française ne plagie pas, il traverse. Pas “juste” une réinvention, mais une intégration d’idées venues du prog, du jazz, du djent… pour un son plus dense, moins “Scandinavian copycat”.
On ne fait pas plus éternel que le troll “c’était mieux avant”. Le revival old school, c’est l’irruption d’une fièvre retro qui raffole des sons analogiques, de la prod cradingue, des logos à l’aérographe, des t-shirts sur fond noir… On y croise autant des vétérans du Hellfest que des jeunes collectionneurs de cassettes.
Le revival, ce n’est pas juste du cosplay : c’est la piqûre de rappel que le métal n’a pas encore tout vendu à la Silicon Valley.
Le mélange entre musiques électroniques et métal en France, ça a longtemps été le syndrome Dylath-Leen (gimmick à la sauce Prodigy). Mais ça, c’était avant. Depuis Carpenter Brut et Igorrr, la collision s’est organisée.
Verdict : la symbiose n’est plus un simple clin d’œil marketing, mais un modus operandi de groupes qui construisent autour, et pas avec du scotch.
Trop de “core”, tue le “core” — sauf quand la scène hexagonale renverse tout sur son passage. Le hardcore français n’est plus un cliché du supporter du PSG sous stéroïdes, mais une tornade de diversité et de radicalité.
Le hardcore français ne se contente plus d’imiter. Il martèle, il inspire, il transcende.
Le métal progressif français, longtemps sous l’ombre imposante de Dream Theater ou des Anglais d’Haken, se tape enfin une mue salutaire. Plus conceptualisé, plus barré (coucou Hypno5e), plus ample et cinématographique.
Fini le “progressive” cafardeux et élitiste. En France, la nouvelle vague préfère les frissons bruts, quitte à risquer le grand écart sonore.
Après avoir pris des scuds en pleine face depuis des décennies, la scène métal française s’offre une explosion de diversité et un regain de confiance grinçant. Certains y verront des modes, d’autres les racines d’une authenticité renouvelée. Toutes ces tendances témoignent d’une envie collective de bousculer les vieux rites, d’utiliser la technique et l’expérimentation comme allume-feu, sans snober les héritages.
Oubliez la course à l’étiquette parfaite. Ce qui brûle vraiment dans le chaos métallique hexagonal, c’est la peur de l’immobilisme. Plutôt que d’attendre l’innovation venue de l’étranger, la scène française fonce. Avec intelligence, brutalité et, aussi, pas mal d’autodérision. Quant à savoir ce qui restera sur le carreau… il vaut mieux laisser le prochain pogo trancher.