Quand la France Blackgaze Jusqu’à l’IVresse : Tendance ou Mirage ?

Le black metal avec une tonne d’émotions. Imaginez un croisement entre Burzum et My Bloody Valentine, le tout bercé par la grisaille nantaise. Pas besoin de chercher loin : le blackgaze, c’est notre madeleine sombre et furieuse. Impossible de ne pas citer Alcest (Metal Archives). Depuis “Souvenirs d’un autre monde” en 2007, le duo porté par Neige a eu l’audace de plonger le black dans des nappes shoegaze, ouvrant la voie à une armée de groupes frenchy (Déluge, Les Discrets, An Autumn For Crippled Children — nope, eux c’est néerlandais… mais ils geignent comme chez nous).

  • Reconnaissance internationale : “Kodama” (Alcest, 2016) s’est classé dans le top 10 des albums de metal sur Metacritic à sa sortie. Les tournées US de Alcest font salle comble.
  • Impact local : Des labels français (Prophecy Productions, Les Acteurs de l’Ombre) misent sur la nébuleuse blackgaze, au point de remplir le Backstage by the Mill rien qu’avec des frenchies.
  • Versatilité : La structure sonore blackgaze a permis d’attirer un public post-rock, doom et… indie. Fanbase inattendue, mais nombreuse.

Certains crient à la dilution. Pendant ce temps, la scène blackgaze multiplie les festivals (Sylak, Ready for Prog?), prouve que la France peut exporter plus qu’un accent et pèse, même si certains trve metalleux coincent. Le blackgaze français n’a pas juste atterri, il squatte le salon.

Le Djent, cette Frappe de la New Gen : Jusqu'où ira l’Addiction ?

Le djent, c’est ce riff sec, anguleux, identique au bruit d’une armoire IKEA montée à mains nues. Mais c’est surtout l’ADN de la jeune garde. On ne compte plus les groupes influencés par Meshuggah (patrons since 1995), mais avec une touche two fingers in the air, sample 8 cordes et breakdowns mathématiques.

  • Explosion sur YouTube : Le mot "djent" explose en France dès 2014 sur Google Trends. Et les tutos pullulent.
  • Collectif Novelists/Widek/Atlantis Chronicles : La France a pondu des machines du genre, qui cumulent des millions de streams et font tourner les cours de gratte de Pigalle à plein régime.
  • Ambitions techniques : Le djent, c’est la démocratisation de la virtuosité. Boulot/studieux, mais avec un sens du groove qui fait mouche chez les 15-25 ans (selon Headbangers Lifestyle).
  • Conventions et festivals : Euroblast, UK Tech-Fest, toujours plus de frenchies à l’affiche.

Le djent, c’est la revanche des geeks, la rencontre entre la musique de cérébraux et l’énergie brute. Pas de vestes à patchs ici, mais des plugins Neural DSP et des partoches sur Guitar Pro.

Le Post-Black Metal Français : Enfin un Second Souffle Sombre ?

Certains se sont tus dès que “post” est apparu dans l’intitulé. Les autres… ont foncé. Le post-black made in France attire la hype, entre atmosphères pesantes, introspections à la lisière du post-hardcore et héritage cathartique du black.

  • Regain créatif : Regarde Regarde les Hommes Tomber, Decline of the I ou Celeste — autant de groupes qui s’inspirent de la noirceur, mais vont chatouiller l’expérimental, l’ambiant… ou la rage hardcore.
  • Nouveaux publics : Ces groupes trustent la programmation des festivals plus “hipster-friendly” comme Roadburn.
  • Médias : Selon Noise, la première release de Celeste a dépassé les 5000 ventes vinyle en trois mois—aussi rare qu’un covoiturage père-fils de trve blackeux.

On pensait que la France avait atteint son pic d’inventivité black avec les 90’s… Raté. Ce courant a remis la flamme dans la forêt noire.

Death Metal Mélodique Français : L’Invention ou la Redite ?

Le death mélodique, c’est cette éternelle guerre : riffs précis, growl pas trop salissant, refrains mémorables… mais pour certains, lisse comme une pub pour la bière. Sauf qu’en France, la mutation opère.

  • Atlantis Chronicles et Exocrine : ces deux groupes intègrent prog, djent, deathcore, nappes techniques et mélodies planantes. Résultat : plus de 100 000 écoutes mensuelles sur Spotify (Source Spotify – 2023).
  • Fusion des styles : Le death mélodique français s’inspire autant de Gojira que de Textures, quitte à briser la frontière avec le death technique pur.
  • Festivals : La part belle leur est donnée à des events comme le Rakhat’fest (Lyon), alors que la Suède avait déposé le brevet du genre.

Le death mélo à la française ne plagie pas, il traverse. Pas “juste” une réinvention, mais une intégration d’idées venues du prog, du jazz, du djent… pour un son plus dense, moins “Scandinavian copycat”.

Revival Old School : Mode ou Rébellion Souterraine ?

On ne fait pas plus éternel que le troll “c’était mieux avant”. Le revival old school, c’est l’irruption d’une fièvre retro qui raffole des sons analogiques, de la prod cradingue, des logos à l’aérographe, des t-shirts sur fond noir… On y croise autant des vétérans du Hellfest que des jeunes collectionneurs de cassettes.

  • Des chiffres parlants : Le Hellfest 2023, affiche sold-out sur les journées Revival (Venom Inc, Exciter…), et une hausse de 30% des ventes de vinyles métal en France depuis 2020 (source : Le Monde).
  • Groupes à suivre : Hexecutor, Hürlement ou encore Iron Slaught qui cumulent les signatures sur des labels “true metal” allemands… et fendent les festivals spécialisés en Allemagne comme en France.
  • Effet passager ? : Certains pensent à un soufflé. Pourtant, l’engouement pour les shows pur vintage (ainsi que la multiplication des fanzines) montre que la nostalgie, ici, est aussi une forme de résistance face à la saturation du numérique.

Le revival, ce n’est pas juste du cosplay : c’est la piqûre de rappel que le métal n’a pas encore tout vendu à la Silicon Valley.

Électronique et Métal : Fusion Risquée ou Réel Mouvement ?

Le mélange entre musiques électroniques et métal en France, ça a longtemps été le syndrome Dylath-Leen (gimmick à la sauce Prodigy). Mais ça, c’était avant. Depuis Carpenter Brut et Igorrr, la collision s’est organisée.

  • Résultats explosifs : Igorrr, avec “Savage Sinusoid” (2017), grimpe à la 44ème place des charts français. Le clip “Very Noise” depasse les 13 millions de vues (YouTube).
  • Multiplication des collaborations : Carpenter Brut joue au Motocultor festival devant une fosse hérétique mixant teufeurs et bikers. “Hybridation” est le nouveau mantra : micro-samples de synthés sur des blasts, beatmaking sur growl en 8 bits, DJ sets “metalcore”.
  • Underground ou mainstream ? : Si la fusion n’aligne pas (encore) les têtes d’affiches du Download, la France exporte ce break vers l’Angleterre (Ministry of Sound…) et l’Allemagne (Melt, Fusion Festival).

Verdict : la symbiose n’est plus un simple clin d’œil marketing, mais un modus operandi de groupes qui construisent autour, et pas avec du scotch.

Hardcore-Métal Français : Nouvelle Ère, Nouveaux Délires

Trop de “core”, tue le “core” — sauf quand la scène hexagonale renverse tout sur son passage. Le hardcore français n’est plus un cliché du supporter du PSG sous stéroïdes, mais une tornade de diversité et de radicalité.

  • Regain de violence scénique : LANDMVRKS, Rise of the Northstar : des pit lumineux, une énergie héritée du thrash à la française (No Return, Loudblast), et des textes parfois plus politiques.
  • Mélange de cultures : La scène se nourrit du hip-hop, du punk, du death. Zulu ou Hangman's Chair bousculent les codes, abordent dépression et injustice sociale. Les affiches se croisent de plus en plus entre core, trap et post-black…
  • Chiffres : LANDMVRKS, c’est 160 000 auditeurs mensuels sur Spotify et le titre “Lost in a Wave” qui flirte avec les 10 millions de streams (Spotify).
  • Essor international : Les groupes français accrochent les tournées US, UK au côté des pointures du genre. Et se paient des stars du circuit pour des featurings (ex : Bertrand Pugin/Arising Empire).

Le hardcore français ne se contente plus d’imiter. Il martèle, il inspire, il transcende.

Nouveau Progrès dans le Progressif ?

Le métal progressif français, longtemps sous l’ombre imposante de Dream Theater ou des Anglais d’Haken, se tape enfin une mue salutaire. Plus conceptualisé, plus barré (coucou Hypno5e), plus ample et cinématographique.

  • Montée de l’avant-garde : Klone, Hypno5e, Fractal Universe dynamitent le format. Hypno5e mixe musiques du monde, cinémascope et growl de forum underground ; Fractal Universe injecte jazz, saxophone, rythmiques déstructurées.
  • Tournées acoustiques : Klone et Hypno5e proposent leurs albums en version unplugged. Les tickets partent en quelques jours : preuve que l’écoute attentive n’est pas morte, même chez les headbangers allergiques à la ballotade.
  • Chiffres : Hypno5e, headliners du Motocultor et du Euroblast, truste plus de 50 000 abonnés sur Bandcamp, Fractal Universe cartonne sur la scène prog européenne avec des passages aux Progpower et Euroblast.

Fini le “progressive” cafardeux et élitiste. En France, la nouvelle vague préfère les frissons bruts, quitte à risquer le grand écart sonore.

Feu Continu : L’Agitation Créative Française

Après avoir pris des scuds en pleine face depuis des décennies, la scène métal française s’offre une explosion de diversité et un regain de confiance grinçant. Certains y verront des modes, d’autres les racines d’une authenticité renouvelée. Toutes ces tendances témoignent d’une envie collective de bousculer les vieux rites, d’utiliser la technique et l’expérimentation comme allume-feu, sans snober les héritages.

Oubliez la course à l’étiquette parfaite. Ce qui brûle vraiment dans le chaos métallique hexagonal, c’est la peur de l’immobilisme. Plutôt que d’attendre l’innovation venue de l’étranger, la scène française fonce. Avec intelligence, brutalité et, aussi, pas mal d’autodérision. Quant à savoir ce qui restera sur le carreau… il vaut mieux laisser le prochain pogo trancher.

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