Saupoudrez une bonne grosse louche de black metal hypnotique, balancez ça sur des nappes de guitares façon shoegaze, ajoutez un peu de violence urbaine et de spleen hexagonal : vous tenez le blackgaze. Un genre qui fait grincer les dents des puristes old-school à coups de guitares planantes et de mélodies aériennes, tout en gardant la saillie crue du black. En France, ça fait débat depuis !
Tout le monde s’accorde à dire que le pionnier du style, c’est Alcest. Oui, on sait, Neige, cheveux dans les yeux, tout ça… Mais avant que la planète ne découvre "Écailles de Lune" (2010), la scène black était surtout un bastion de gueulade mal mixée ou d’ambiances forestières à la Blut aus Nord. Là, d’un coup, le black français s’est mis à rêver. À ce jour, Alcest a vendu plus de 100 000 copies de ses disques dans le monde (source : Metal Injection 2021), une perf historique pour un groupe underground francophone au style aussi clivant.
Depuis, la génération post-2010 a vu fleurir des noms comme Déluge, Regarde Les Hommes Tomber (OK, eux, mélange black et sludge, mais parfois dans l'ambiance), Loth, Amesoeurs (RIP, projet éphémère mais influent), Shozaku ou Au-Dessus. Sans atteindre le raz-de-marée Alcest, ils fournissent des skeuds salués à l’étranger : on retiendra la signature chez Season of Mist, label majeur sur la scène black européenne, pour Regarde Les Hommes Tomber dès leur album "Ascension".
Parlons chiffres, parce que ce n’est pas rien :
Ça fait mal, mais la scène blackgaze reste boudée hors des milieux initiés. Quelques raisons, pas piquées des hannetons :
La scène française reste dynamique, même sans la hype internationale :
Le blackgaze restera-t-il la chasse gardée d’initiés à cheveux longs et vestes à patchs collectionnés à la manicure ? La question reste ouverte, mais impossible de nier l’impact souterrain du phénomène.
Bref, ce serait réducteur d’annoncer une explosion imminente du style, mais il serait tout aussi absurde de balayer la scène blackgaze française comme une simple mode passagère. Aux curieux de fouiller, d’écouter, de défendre ce “chaos poétique” qui trouve, petit à petit, ses fidèles, à coups de décibels rêveurs.