Pour ceux qui débarquent, Ulcerate est un trio néo-zélandais qui, depuis 2000, s’est spécialisé dans un death metal technique hors catégorie. Ils ne s’arrêtent pas à balancer trois balayages à la guitare et à marteler des blasts furieux pour flatter les bassistes frustrés. Non, leur musique est un chaos maîtrisé, une traversée de l’enfer orchestrée avec une minutie qui frôle la démence.
Composé de Paul Kelland (basse/chant), Michael Hoggard (guitare) et Jamie Saint Merat (batterie, et clairement un extraterrestre), le groupe s’est fait un nom avec des albums comme Everything Is Fire (2009) et The Destroyers of All (2011). Mais si ces opus résonnaient déjà comme un raz-de-marée sonore, on peut dire que Shrines of Paralysis est arrivé comme un ouragan nucléaire.
Shrines of Paralysis, c’est plus de 57 minutes d'une intensité suffocante. L’album s’ouvre sur “Abrogation”, qui balance immédiatement les bases : riffs écrasants, mélodies glaciales, et une batterie qui jongle entre frénésie incontrôlable et groove menaçant. Et ce n’est que le début.
Les morceaux s’étirent souvent au-delà des sept minutes, à l’image de “There Are No Saviours” ou “End the Hope”. Chaque piste est une montée en tension, une spirale sonore qui écrase tout espoir. Le son de guitare, presque dissonant, grabe les tripes et les broie. Kelland, quant à lui, n’exprime pas les paroles : il vomit sa rage dans un hurlement primal. C’est brutal, c’est cathartique, et surtout, ce n’est pas fait pour les oreilles fragiles.
Enfin, parlons de la batterie, parce que Jamie Saint Merat mérite un chapitre entier à lui seul. On a rarement vu un batteur aussi fluide dans l'exécution de rythmiques complexes. Sa précision extrême, ses roulements de toms et ses cymbales écrasantes créent des textures sonores à couper le souffle. On ne peut s’empêcher de se demander : le mec a-t-il vendu son âme pour jouer aussi précisément ?
Alors, classer Ulcerate dans une unique case “death technique” serait une injure. Ce qu’ils proposent, c’est une expérience sensorielle complète, où chaque note suinte la tension et le malaise. Imagine la froideur mécanique de Gorguts (époque Obscura) fusionnée avec la mélancolie abyssale de Neurosis. Un match improbable ? Pas pour eux.
Ce mélange d’influences fait que Shrines of Paralysis n’est pas qu’un énième album de brutalité technique. Il s’inscrit dans un cadre plus large, lorgnant parfois vers le post-metal (si, si, écoute “Shrines of Paralysis”, tu comprendras). Le groupe maîtrise l’art de nous plonger dans des atmosphères déshumanisantes, sans jamais sacrifier l’élément essentiel du death metal : l’impact.
Depuis sa sortie, Shrines of Paralysis a marqué les esprits, et pas seulement au sein des fans de death technique. L’album a reçu les louanges de publications majeures comme Decibel ou Metal Injection, plaçant Ulcerate comme un poids lourd incontournable. Mais au-delà des critiques dithyrambiques, c’est surtout son influence sur la scène metal qu’il faut souligner.
Cependant, tout génie a ses failles. Soyons honnêtes : Shrines of Paralysis n’est pas un album accessible pour tout le monde. Son intensité continue peut facilement devenir étouffante. Certains y verront une force, d’autres décrocheront après trois morceaux, assommés par cet océan auditif. De plus, il faut un certain goût pour l’expérimentation et les dissonances oppressantes. Si tu cherches des refrains accrocheurs ou des solos mémorables, passe ton chemin.
Shrines of Paralysis est un mastodonte. C’est un album qui divise, interpelle, sublime le genre et, paradoxalement, le transcende. Le death technique n’a pas toujours besoin d’être un concours de vitesse ou de technicité. Ulcerate nous a offert une œuvre profonde, perturbante et intraitable. Claustrophobique, tantôt sublime tantôt repoussante, elle laisse une marque indélébile à quiconque ose s’y aventurer.
Est-ce un album à mettre entre toutes les mains ? Non. Est-ce un jalon dans la scène death technique ? Absolument. Et ce qui est sûr, c’est qu’Ulcerate n’a pas fini d’imposer sa vision unique du chaos organisé. Prépare tes enceintes, ça va grésiller.